Café Kenya (3/4) – Histoire

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Traditionnellement, les paysans Kenyans ont toujours pratiqué l’agriculture itinérante.

Celle-ci consiste en une succession de brûlis sur les parcelles mises au repos (jachère) et la culture de terres reposées.

La pression démographique et la pression du mode d’agriculture coloniale va tout bouleverser…

Le recul de l’élevage et la culture discontinue des terres va amener plusieurs phénomènes qui vont faire péricliter l’agriculture traditionnelle.

  • Les apports d’engrais naturels (crottins) vont diminuer au profit d’engrais à importer
  • La fourniture d’aliments issus de la culture vivrière va reculer (et les revenus secondaires de l’agriculteur dans le même temps) au profit d’importation de produits occidentaux
  • Les pentes cultivables ont une certaine déclivité, l’érosion des terres va se renforcer avec la monoculture
  • La pression démographique va accentuer les coupes de bois.

Conséquence : d’une surface de 2.7 hectares par famille, on passe à une surface de 1.4 hectare en l’espace de 15 ans.

Les Giyukus finiront majoritairement dépossédés des terres ancestrales, avec en plus le classement de certains territoire en « réserves naturelles » décrétées par les colons.

En parallèle, les occidentaux imposent des pratiques commerciales qui passe par la centralisation des revenus via des coopératives, création d’une filière européenne de production céréalière, interdiction des feux de brousse et transferts de population.

Face à des paysans devenus des « sans terres », le fameux Plan Swynnerton est mis en application.

Il consiste en une réforme dite « technique et foncière » (héritage des enclosures anglaises), avec pour corollaire clôtures des territoires, enregistrement des titres de propriétés, et mise en place de coopératives « auto-gérées ».

Toutefois ce dernier terme est très pompeux. Si l’on observe la structure légale et normées qui vise à promouvoir la culture du thé, du café, du pyrèthre, etc., l’on constate qu’en fait les colons se sont arrangés pour déconnecter les revenus des exploitations des liens directs à l’Etat.

Si l’on constate une spectaculaire croissance chiffrée des rendements, l’application de ces nouvelles normes est surtout ce que l’on considère comme une « vague » dans l’histoire du café.

L’histoire coloniale va également entraîner un éclatement de l’organisation sociale dont les « classes d’âges » faisait barrage aux prétentions et ambitions des agriculteurs. Le colonialisme va « casser le respect des cheveux gris ».

La variation des cours du café va ainsi durement toucher les quelques 2,3 millions de travailleurs Kenyan actifs dans la filière du café.

Démographiquement et ethniquement, il ne faut jamais oublier que les « Masaï » et les « Somali » sont des populations externes au aux territoires des hautes terres (Gikuyu, Embu, Meru, Luo, etc.). Au Kenya s’il l’on en lit bien les historiens et sociologues, on peut dire que la mobilité territoriale est liée aux « constantes des genres de vie semi-pastoraux ».

En 1962, même si l’accord international sur le café visait à protéger les économies fortement dépendants des fluctuations des prix (prix flottants), il n’aura que peu d’impact pour le Kenya.

Une fois la vague du succès du modèle passé, une fois l’indépendance digérée, la filière va se remettre progressivement au rythme africain et les volumes baissent inexorablement.

Dans le prochain article, nous parlerons des grades du café Keynan, de l’évolution des prix et nous ferons la synthèse de la culture du café au Kenya.

Sans doute devons-nous bien réfléchir lorsque nous consommons des cafés d’Afrique, quelle agriculture nous souhaitons soutenir, qui est à la source de café « rares » ou « de spécialités ».

Devons-nous consommer de manière capitaliste des produits issus d’une filière imposée ou pouvons-nous accepter des produits moins parfaits, plus chers et faire l’effort de s’intéresser à l’agriculture du pays en question ?

N’oubliez jamais que sur 1 kg de café, vous payer 12% au producteur, 23% au transporteur, le reste va au commerçant-torréfacteur, soit pas moins de 65%.

A bientôt…

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